122.4Homélie 6ème dimanche de Pâques – Année C – 1er mai 2016 – St Augustin

« Je m’en vais, et je reviens vers vous » nous dit Jésus. Il a certes prononcé ces paroles la veille de sa mort, mais c’est bien le ressuscité qui nous parle en ce 6ème dimanche de Pâques, nous annonçant l’Ascension : « je m’en vais », moment où le Christ monte chez son Père, avec tout son vécu d’homme, jusqu’aux marques de la Passion, mais avec un corps glorifié par la puissance de l’amour qui l’a ressuscité.
Ce départ annonce une nouvelle présence : « je reviens vers vous ». Saint Augustin, au 4ème siècle, disait à ce sujet : « il disparaît à nos regards, afin que nous rentrions dans notre cœur et que nous l’y trouvions ». Jésus nous dit cela dans l’évangile : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure ». Vivons en conscience cette vérité : chacune, chacun d’entre nous est une demeure où Dieu habite. Cette vérité n’est pas un exercice intellectuel, mais l’expérience d’une rencontre.
Cette demeure n’est pas un lieu clos sur lui-même, qui garderait Dieu dans un récipient hermétique. Cette demeure est le foyer ardent qui nous porte à vivre, malgré les souffrances, malgré les découragements. Ce foyer rayonne. Son rayonnement, c’est l’Esprit Saint qui, à la Pentecôte, n’est pas venu pour remplacer Jésus, mais pour nous unir à jamais à lui.
Comment rendre compte de l’Esprit Saint ? Quand on dit qu’on est dans le même « état d’esprit » que quelqu’un, c’est qu’il existe entre cette personne et nous une très profonde proximité, quelque chose qui circule entre nous. Et bien, recevoir l’Esprit Saint, c’est être dans le même état d’esprit que Dieu, c’est donc vivre de l’Esprit de Dieu. L’Esprit Saint est une manière, pour Dieu, de se communiquer, de se manifester. C’est pour cela que l’Esprit Saint est Dieu, comme le Fils est Dieu : c’est la foi de l’Eglise que nous proclamons. Dieu se manifeste comme Père, et comme Fils, et comme Esprit.
L’Esprit Saint est aussi appelé le Défenseur, terme qui peut surprendre, sauf à se rappeler que les évangiles ont été écrits et reçus dans des temps de persécution.
Il est intéressant de remonter au terme grec employé dans l’Evangile de Jean, pour dire « Défenseur » : Paracletos, que l’on traduit par Paraclet, terme parfois utilisé. Paracletos se traduit exactement par « appelé auprès de quelqu’un ». J’ose faire un tout petit peu de grammaire : c’est un participe passif : « appelé auprès de quelqu’un », ce qui donnera en latin : ad (vers) vocatus (appelé), qui a donné avocat, défenseur, celui qui est appelé auprès de quelqu’un pour l’aider.

L’Esprit Saint est donc appelé à être auprès de chacun d’entre nous. Et pourquoi donc ? Le Christ nous le dit : pour tout nous enseigner et nous faire souvenir de tout ce qu’il a dit à ses disciples. Jésus a tout dit à ses disciples, mais nous savons qu’ils ont eu du mal à comprendre. Tant qu’ils sont avec Jésus, ils réagissent toujours à contretemps. Il aura fallu l’événement de Pentecôte, don de l’Esprit Saint en chacun d’eux, pour que les paroles du Christ les habitent totalement.
Se souvenir et comprendre les paroles de Jésus constituent le cœur de l’initiation chrétienne que Céline, Mégane, Chandara et Félicité continuent à vivre jusqu’à la Pentecôte, jour où vous recevrez le sacrement de la confirmation, don du Saint Esprit. Non pas que l’Esprit Saint aurait été absent jusqu’alors. Il vous a accompagnées tout au long du catéchuménat, et même avant, comme c’est déjà le cas pour Hugues qui vit aujourd’hui son entrée dans l’Eglise du Christ. L’Esprit Saint était présent le jour de votre baptême.
Votre confirmation marquera un lien plus profond avec l’Eglise. Dans le Credo, remarquons en effet l’étonnante proximité entre l’Esprit Saint et l’Eglise : « Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Eglise catholique ». Cette proximité est importante. Dans la 1ère lecture, cette proximité s’est manifestée auprès des apôtres, face à une crise grave qui compromettait l’unité entre les chrétiens d’origine juive et d’origine païenne. La décision prise par l’Esprit Saint et l’Eglise  permettra aux chrétiens de toutes origines de s’unir dans une même foi, de former une unique communauté de croyants, en vue d’une même cité sainte que l’auteur de l’Apocalypse entrevoit dans la seconde lecture.
C’est ce même Esprit Saint de Dieu qui nous rassemble aujourd’hui, dans nos différences. C’est ce même Esprit Saint qui nous met en présence de Dieu. C’est ce même Esprit Saint qui nous enseigne et nous fait comprendre les paroles du Christ. C’est ce même Esprit Saint qui rend possible le miracle eucharistique, pain et vin qui deviennent corps et sang du Christ, signe que notre vie est définitivement unie à la sienne. Ainsi se réalise cette magnifique parole de Jésus : « Nous viendrons vers lui et, chez lui, nous ferons une demeure ».

Christophe DONNET, diacre

Homélie dimanche 1er mai 2016 – St Augustin