122.1texte lu  au concert de Cindy Castillo le 30 avril 2016 St-Louis

Il y a la nuit et ses ombres géantes qui, aux détours imprévus de nos heures,
font parfois s’assoupir l’espérance…
Il y a l’obscurité dense et tenace qui, sans crier gare, vient comme un voile
nous endeuiller le cœur…
Il y a le crépuscule de Dieu qui s’abat, comme un glaive, sur notre foi qui
s’essouffle à gravir ses petits Golgotha…
Et nous voici fatigués, usés, blessés, isolés, déboussolés dans ce désert
nocturne où notre âme assoiffée, brûlée, clouée, tend désespérément les
mains vers une aube qui tarde…
Qui n’a connu la nuit, ne connaît pas le jour…
Qui n’a connu le doute, ne connaît pas la foi…
Au calendrier de notre espérance, nous sommes si souvent Vendredi Saint…
Tant de fois nous pourrions faire nôtre ce mot de Bernanos : « La foi ?
Vingt-quatre heures de doutes moins une minute d’espérance… »
Mais il nous faut franchir le gué de la nuit. Croire, malgré le poids des jours
sans jour et sans lumière, à cette minute, cette toute petite minute où
l’espérance vient rouler la pierre des tombeaux de nos vies.
C’est un dur métier que d’essayer de vivre.
Il y a l’amour qui cherche à aimer et qui retombe si souvent dans ses
ornières.
Il y a la parole qui cherche à dire et à se dire et qui, tant de fois s’enferme
dans ses mutismes…
Il y a les gestes, tendres et fraternels, qui voudraient ouvrir le cœur à
l’autre, et qui passent et repassent leur chemin sans offrir un regard.
Pâques : heureuse minute où il nous est donné de croire que tout est encore
possible, que nos existences, quelles qu’elles soient, peuvent se remettre
debout, choisir enfin la liberté.
Pâques : bienheureuse minute où la nuit cède enfin le pas aux premières
lueurs de l’aube.
D’après Bertrand Revillon

Qui n’a connu la nuit, ne connaît pas le jour…